Le 01/01/1999

Madame, Monsieur,

 

Agé de 54 ans, marié, père de famille, HEC de formation, devenu avocat spécialisé dans le redressement d'entreprises en difficultés, voyageant sur tout le territoire, je me suis toujours intéressé à ce qui m'entourait, l'éducation, les entreprises, la chose publique, tout en me méfiant des approches sectaires ou partisanes. Comme beaucoup, je ressens que notre société dérape et je ne veux en accuser tel ou tel bouc émissaire de circonstance.

Comme chacun, je vois que l'éducation se limite à l'accumulation des connaissances sans apporter le discernement indispensable à leur utilisation. J'observe que l'économie laisse une part importante des nôtres inactifs, en s'en remettant pour le futur à de nouveaux dieux appelés "marchés", "euro" ou "croissance", sans que jamais le lien n'ait été solidement fait entre ces dieux et l'emploi. Je constate que la politique ne réussit pas à nous faire savoir ce qui nous unit, et qu'elle nous laisse dériver entre notre égoïsme et les utopies qui défilent comme des sirènes séduisantes. Nos élites, quant à elles, remettent en selle par les sondages et l'Audimat, la phrase du maréchal de Saxe: "Je suis leur chef, il faut bien que je les suive".

Ce simple constat se complique de la difficulté que nous avons à réagir quand plus rien ne va. Nous savons que c'est dans les moments où nous pressentons un désastre que nous affichons simultanément un optimisme de façade quasi vital. Ce qui est vrai individuellement l'est collectivement et ce fut la Belle Epoque, les Années Folles,...et nous recommençons, car s'aveugler pour ne pas s'apeurer, est une défense inconsciente que nous avons tous.

Tenter de sortir de l'aveuglement avec tous ceux que cette démarche intéresse, c'est d'abord me semble-t-il mettre en commun le fruit de nos réflexions. Fonder davantage les analyses sur une observation des faits, même s'ils dérangent, et un peu moins sur les mots chargés affectivement comme "droite", "gauche", "croissance" ou "patrie" (on reconnaît ces mots à leur grande utilisation, et au fait qu'en demander une définition réveille instantanément un agacement agressif). Nous réveiller de cette hypnose collective qui nous empêche de voir que notre société est en équilibre instable général, et que la grande violence risque de faire rapidement, et sans nuances, ce que l'intelligence n'aura pas construit. Voilà l'origine de ma démarche, et je sollicite votre avis.

Si "oikos" (maison en grec) a donné racine à économie (la gestion de la maison) et à écologie (l'étude de la maison), il faut compléter ces approches par l'écosophie (la sagesse de la maison). Il est dommage que ce mot n'existe pas! Créons-le, c'est-à-dire donnons-lui son sens.

C'est pourquoi "la lettre trimestrielle de l'écosophie" veut naître. Elle se veut lieu d'échange en tentant de résister aux clivages partisans et rassurants.

Un philosophe américain écrivait: "Je ne voudrais pas mourir avant d'avoir apporté une petite pierre à la construction du mur de l'humanité". Pourquoi ne pas contribuer au rassemblement de nos différents apports ?

Marc DUGOIS